Il y a quelques semaines, nous vous avions proposé une analyse générale de Thérèse Desqueyroux de François Mauriac. Dans ce nouvel article, nous relayons désormais le point de vue plus critique d’une directrice pédagogique d’un établissement privé, ancienne élève de Romagne, qui considère cette œuvre comme potentiellement troublante pour la sensibilité de jeunes lectrices.
Chères lectrices, il vous appartient maintenant de vous forger votre propre opinion sur ce roman.
L.R.
Permettez‑moi de rappeler les mots de M. l’abbé Bethléem dans son œuvre Roman à lire, romans à proscrire : « Thérèse Desqueyroux, roman proposant la vengeance d’un mari que sa femme a tenté d’empoisonner ; mots crus, bassesse morale. » Rien que cette définition me laisse perplexe quant à la nécessité de faire lire un tel roman à une jeune fille de 15–16 ans, qui ne connaît pas encore la beauté du mariage ni la profondeur du sentiment amoureux.
François Mauriac, « rural sujet aux griseries champêtres et initié aux riens de la vie parisienne, possède une âme de Girondin catholique qu’il ne défend pas assez contre certaines intrusions. » La plupart de ses romans paraissent soit hybrides et choquants, soit malsains, morbides et troublants.
L’éducation de l’âme féminine
L’éducation de l’âme féminine demande une attention délicate, car la sensibilité du cœur féminin, souvent portée vers l’élan du don et de la douceur, se construit mieux à partir d’exemples de beauté morale que par l’exposition au laid ou à l’immoralité. Former une jeune fille à sa vocation à la maternité, au service des autres, à la patience et à la tendresse, suppose de lui proposer des modèles de courage discret, de générosité, de fidélité et de maîtrise de soi. Ces vertus nourrissent une force intérieure qui ne dépérit pas dans la contemplation du scandale mais s’édifie dans l’admiration du bien et la pratique du don gratuit. La gratuité de l’amour maternel et la délicatesse du cœur féminin n’ont pas besoin d’être « éprouvées » par des images corrosives pour se fortifier : elles croissent plutôt lorsque la lecture et l’enseignement mettent en scène la bonté, le sacrifice éclairé et la dignité humaine, permettant à la jeune fille d’apprendre à être à la fois tendre et résolue, sensible sans être fragilisée, ouverte sans se perdre.
Rappelons les conseils de ce même abbé Bethléem : « À une heure de dépression morale, telles idées fausses peu à peu emmagasinées se condenseront en doutes contre la foi, en révoltes contre l’autorité, en superstitions, en blasphèmes ; en un moment de fatigue nerveuse, des descriptions lascives ou un sentimentalisme amollissant qui n’avaient pas trop impressionné au moment de la lecture jailliront du subconscient avec violence, prêts à submerger l’âme sous le flot d’une tentation aussi brutale qu’imprévue. »
Voilà ce que peuvent amener les lectures immorales et crues. Or ce n’est pas en côtoyant le mal que l’on apprend à apprécier le bien. L’âme féminine, éduquée pour donner et se donner, a bien plus besoin de vertu et d’exemples de vertu pour se construire et se forger une âme forte que d’exemples scandaleux et mondains.
Formation littéraire ou apologie du Mal ?
Connaître le mal n’est pas le but d’une éducation. L’ignorance des choses ne se perd pas en fréquentant le mal. En revanche, l’éloge de la vertu, de l’héroïsme, la victoire du bien et l’exemple du don vrai conduisent l’âme au sacrifice héroïque, source de sainteté.
N’oublions pas les propos de Mgr Doumic : « En littérature et en art, est dangereuse toute œuvre qui, dans l’interprétation qu’elle donne de l’activité humaine, diminue la part de la volonté. Car dans l’ordre moral il ne peut peut‑être mieux se vérifier l’aphorisme que vouloir, c’est pouvoir. Mais si cette conviction s’établit en nous que toute résistance est vaine et tout effort illusoire, c’est l’énergie elle‑même qui est tarie dans sa source : à quoi bon tâcher inutilement ? Il n’est donc plus que de subir sa destinée et d’accepter ce qu’on ne peut éviter ; on est vaincu pour n’avoir pas essayé de lutter. Et est dangereuse toute œuvre qui remue le fond malsain de notre nature. Car, à mesure que ces éléments mauvais affleurent et à proportion que nous en prenons plus nettement conscience, ils deviennent plus redoutables. Pour les maladies de l’âme, s’imaginer qu’on les a, c’est les avoir. Aussi parmi ceux qui les décrivent, n’en est‑il pas un qui ne doive savoir qu’il travaille en même temps à les propager. »
La lecture, première nourriture de l’âme
Chères amies, prenez garde aux livres qui, sous des dehors de formation littéraire, distillent leur poison dans les âmes candides et fragiles de nos adolescentes.
Saint François de Sales disait : « La lecture est la nourriture de nos âmes. » Sous prétexte de connaître le mal, donneriez‑vous à manger à vos petits chérubins du poison ? Or, en proposant des romans mondains et immoraux tels que certains ouvrages de François Mauriac, nous laissons pénétrer un venin dans l’âme de nos adolescents. Certes, cela ne se voit guère à l’œil nu, mais cela n’en est pas moins réel.
L’intérêt pédagogique de la lecture de Thérèse Desqueyroux et d’œuvres similaires paraît plutôt néfaste pour des adolescentes en formation. Certes, il faut concilier la nécessité d’une formation morale protectrice et l’intérêt d’une littérature qui explore la complexité humaine. En revanche, si la lecture nourrit l’âme, les textes doivent être choisis selon l’âge et la maturité des lecteurs. Pour les jeunes filles, il est nécessaire de privilégier des œuvres valorisant la vertu, la responsabilité et la force intérieure ; plus tard, et toujours accompagnées par des professeurs ou des parents, elles pourront aborder des textes plus nuancés, jamais en autonomie, et de préférence avec un guidage critique et se contentant d’extraits.
